In Focus / Sport X Manga

Une visite guidée par Stéphane Beaujean

Honneur à la culture pop

À l’occasion des Jeux de Tokyo 2020, le manga de sport est à l’honneur au Musée Olympique.

Fan de manga ou non, l’exposition Sport X Manga s’adresse à toutes celles et ceux qui s’intéressent au Japon, à son histoire et sa société. En effet, depuis la Seconde Guerre mondiale, le manga n’a cessé d’entretenir entre les disciplines sportives et la société japonaise un dialogue, qui est devenu indissociable de la reconstruction du pays. C’est cette relation, de 1945 à nos jours, que l’exposition se propose de raconter.

 

Stéphane Beaujean, commissaire de l’exposition

L’exposition Sport X Manga est réalisée en collaboration avec le Festival International de la Bande Dessinée d’Angoulême. Son ancien co-directeur artistique Stéphane BEAUJEAN en assure le commissariat.
Journaliste et critique de bande dessinée, Stéphane Beaujean nous invite ici à découvrir quelques thématiques passionnantes abordées dans Sport X Manga.


Stéphane Beaujean, Commissaire de l’exposition Sport X Manga ©Céline Villegas

 

L’exposition en un clin d’œil

L’exposition rayonne autour des mascottes olympique et paralympique de Tokyo 2020. Parfaite déclinaison de l’imaginaire kawaii, Miraitowa et Someity témoignent de la relation qui existe entre le manga et la société japonaise.

Neuf modules sous forme de cases de manga en 3D présentent neuf mangas de sports majeurs qui permettent de retracer l’évolution de la société japonaise de 1945 à nos jours.

Sur grand écran, le film Japon X Manga fait la synthèse, sous forme d’images d’archives et d’extraits de manga, du Japon d’après-guerre et de l’évolution du manga de sport.

Quatre interviews inédites de trois mangakas et d’un éditeur offrent une fenêtre sur le processus de création d’un manga d’un point de vue personnel.

Pour les fans ou les plus curieux, trois bornes interactives proposent de parcourir une centaine de titres de mangas de sport pour en apprendre davantage sur les personnages, les auteurs, le rapport qu’entretient la société japonaise avec le sport.

Et pour passer à l’action, une série de dispositifs interactifs sont proposés :
• Reproduire un coup spécial façon Captain Tsubasa, le Drive shoot
• Découvrir les expressions des personnages dessinés par TEZUKA Osamu
• Ecouter le son des onomatopées
• S’installer confortablement dans des coussins et lire quelques mangas de sport parmi les plus connus
• Se prendre en photo dans des Kakimoji capsules
• Dessiner ou écrire un petit mot à la sortie de l’exposition



Exposition Sport X Manga © 2021, CIO / C. Leutenegger

 

Les origines du manga

L’origine du manga se retrouve dans l’art du emakimono, forme de récit illustré sur des rouleaux de papier d’un mètre de long qui se lit horizontalement de droite à gauche.

Le terme manga remonte à l’artiste HOKUSAI Katsushika – le créateur de la Grande vague de Kanagawa. Hokusai a utilisé pour la première fois le terme manga en 1814 comme titre d’une série de croquis spontanés. Le terme peut être traduit par « dessin sans grande réflexion ».

TEZUKA Osamu, avec son œuvre  » The New Treasure Island  » parue en 1946, révolutionne le genre en inventant une grammaire graphique aux confluents de la littérature et du cinéma. Le manga moderne est né !


In Focus | Sport X Manga – Les origines © 2021, CIO

 

Les premiers mangas de sport

Dans l’après-guerre, le manga de sport apparaît dans la presse spécialisée sur le baseball. Batto-Kun de INOUE Kazuo, publié à partir de 1947, est l’un des premiers mangas sportifs.

Racontant la vie quotidienne d’un jeune garçon actif dans une équipe de baseball, Batto-Kun vise à sensibiliser les enfants à ce nouveau sport et contribue à la popularité croissante de ce sport typiquement américain au Japon.


In Focus | Sport X Manga – Les premiers mangas de sport © 2021, CIO

 

Le retour du judo

Grâce au manga, le judo redevient populaire auprès des jeunes Japonais de l’immédiat après-guerre. Ce sport, associé à des valeurs martiales, avait été censuré. Mais dans les années 1950, avec le manga Igaguri Kun, le judo revient en grâce auprès des enfants sous un jour plus positif et plus sportif.

Il raconte l’histoire d’un élève qui se distingue dans son club par son excellente technique de combat. Ce manga traite également de l’amitié, de la famille et de la croissance, ce qui assoit son succès auprès des jeunes lecteurs.


In Focus | Sport X Manga – Le retour du judo © 2021, CIO

 

Le manga de sport et les femmes

La question de la représentation des femmes dans la bande dessinée et la société japonaise est posée suite à la victoire de l’équipe féminine de volleyball aux Jeux Olympiques de Tokyo 1964 alors que la défaite masculine du côté du judo japonais est encore difficile à accepter. De nombreux mangas sur le volleyball féminin voient le jour comme Attack No.1, ayant pour toile de fond l’équipe féminine victorieuse de 1964.

C’est également le cas au milieu des années 1980, lorsque le célèbre mangaka, URASAWA Naoki, crée YAWARA. Ce manga raconte l’histoire d’une écolière entraînée au judo par son grand-père qui vise pour elle la médaille d’or aux Jeux Olympiques de 1992 à Barcelone.

En cela, URASAWA préfigure l’arrivée du judo féminin aux JO de Barcelone et la victoire de la judokate japonaise TAMURA Ryoko qui en réalité décrochera l’argent.

Les spectateurs l’assimilent tout de suite au personnage du manga et s’empressent de la surnommer Yawara-chan !


In Focus | Sport X Manga – Le manga de sport et les femmes © 2021, CIO

 

Le manga et les Jeux Olympiques

Miraitowa et Someity, les deux mascottes de Tokyo 2020, sont un parfait mélange de la tradition japonaise et de la culture pop. Le design en damier bleu indigo (l’ichimatsu moyo) de Miraitowa représentent l’élégance et le raffinement de la tradition japonaise et le rose de Someity est inspiré par la fleur de cerisier japonais, le sakura. Leur design est caractéristique du style « kawaii », qui en japonais veut dire mignon, adorable ou attirant et dont l’esthétique apparait déjà dans les années 40 avec TEZUKA Osamu et ses personnages aux grands yeux. Cela deviendra le style emblématique de la pop culture japonaise. Avec Miraitowa et Someity c’est véritablement la parfaite déclinaison de l’imaginaire kawaii, où tradition et modernité s’associent, et dont les références évidentes aux personnages de manga forment un tout cohérent pour symboliser l’accueil aux Jeux de Tokyo 2020.


In Focus | Sport X Manga – Le manga et les Jeux Olympiques © 2021, CIO

 

Une frise sur les mangas de sport

Inédit : Le visiteur accède à une frise interactive sur l’histoire du manga de sport compilant plus de 100 titres !


In Focus | Sport X Manga – Les interactivités de l’exposition Sport X Manga © 2021, CIO
 

À découvrir également :
Kyojin no Hoshi de KAJIWARA Ikki / KAWASAKI Noboru, Attack No.1 d’URANO Chikako, Ashita no Joe deTAKAMORI Asao / CHIBA Tetsuya, Touch d’ADACHI Mitsuru, Captain Tsubasa de Yoichi TAKAHASHI et SLAM DUNK d’INOUE Takehiko, des mangas célèbres qui tiennent un rôle de premier plan dans la société japonaise et qui ont eu une influence sur la pratique des sports au Japon.

Un grand merci à Stéphane Beaujean pour sa précieuse collaboration et pour sa visite guidée passionnante !

Venez visiter l’exposition gratuite jusqu’au 21 novembre 2021 au Musée Olympique.

Pour en savoir plus : « Célébrez Tokyo 2020 au Musée Olympique ! », un contexte JO et une ambiance manga.